Cette photo a été prise à la naissance de ma fille. Je vous la partage aujourd’hui parce que la grève générale illimitée qui s’annonce dans les CPE, la menace de loi spéciale, et le risque que tout ça représente pour l’avenir de notre réseau de CPE, ça m’ébranle profondément en tant que mère.

J’ai tellement galéré pour avoir des places pour mes deux premiers enfants, j’ai tellement eu peur et passé proche de ne pas pouvoir poursuivre mes études, que j’aurais probablement arrêté ma famille si je n’avais pas réussi à faire entrer mon deuxième enfant dans un CPE. Avoir une place en CPE a été décisif pour mon parcours académique, j’en ai déjà parlé. Ça a aussi été décisif pour choisir d’avoir un troisième enfant, parce que je savais que cette fois je pourrais avoir une place sans que ce soit un parcours du combattant, sans devoir faire des essais-erreurs avec des milieux dont la qualité des services n’était pas toujours au rendez-vous, sans devoir mettre de côté l’obtention d’un diplôme. Si j’ai pu réaliser mon projet familial et mon projet de vie, c’est grâce au réseau de CPE.

Ce réseau, qui est littéralement un trésor national, est en danger. Il a été extrêmement précarisé par les gouvernements libéraux qui n’ont pas cherché à le développer, et qui ont fait des coupures jusqu’à la moelle. Ces coupures ont entraîné une dégradation majeure des conditions de travail, au point où aujourd’hui, on peine à garantir les services aux enfants qui ont déjà une place. Même quand il n’y a pas de bris de services, la qualité est affectée par la difficulté de recruter du personnel qualifié.

En ce moment, la CAQ refuse d’entendre l’appel à l’aide des travailleuses de la petite enfance pour la survie du réseau. Si elles ont décidé d’aller jusqu’à une grève générale illimitée, c’est parce qu’elles savent qu’avec les offres actuellement sur la table, signer une entente ne règlerait pas le problème de rétention et de recrutement. Elles savent qu’avec ce qui est offert ça ne sera pas possible de maintenir le service pour les parents qui ont déjà une place, et encore moins de développer des places pour répondre à la demande. C’est vrai qu’une grève c’est pénible pour les familles, mais imaginez comment ce sera pénible si le réseau de CPE s’écroule parce qu’elles partent.

La CAQ menace de forcer un retour au travail avec une loi spéciale, mais ça ne réglera pas les problèmes des parents, parce que ces travailleuses ne sont pas enchaînées à leurs emplois, et qu’elles peuvent très facilement aller travailler n’importe où, dans de bien meilleures conditions.

Ce que la menace de la loi spéciale révèle, c’est que la CAQ n’a pas vraiment l’intention de développer le réseau pour offrir une place à chaque enfant. Parce qu’autrement ce gouvernement ne laisserait pas les négociations dégénérer à ce point-là, et il prendrait les moyens nécessaires pour recruter les dizaines de milliers de personnes dont on a besoin pour offrir des services de qualité et ouvrir de nouveaux CPE.

Je suis inquiète, mais il est encore temps de convaincre la CAQ d’écouter les travailleuses de la petite enfance. Soyons solidaires de cette grève. Ne laissons pas la CAQ poursuivre la destruction du réseau amorcée par les libéraux.

Laisser un commentaire