Quand on est vraiment en colère, parfois, ça fait du bien de se changer les idées. Alors j’ai essayé fort aujourd’hui de ne pas penser au budget. J’ai amené ma gang au cinéma. On a pris une belle marche et fait un pique-nique en ville, entre deux grosses averses. Mais ma colère est restée.

Je regarde mes enfants heureux, et j’ai du mal à sourire autant qu’eux. Parce que moi, je sais que ça se peut qu’ils débutent leur prochaine année scolaire avec un ou des enseignants manquants, avec toute l’instabilité que ça implique. Je sais que ça se peut qu’un jour ma fille se fasse piéger dans une relation toxique, qu’il n’y aura peut-être pas de services si elle appelle à l’aide, et que ma propre maison ne sera peut-être pas suffisante pour assurer sa sécurité. Je sais que ça se peut qu’un jour ils aient besoin d’un soutien que je ne serai pas outillée pour leur donner, malgré toute ma bonne volonté et mes ressources, et je ne sais pas si les organismes communautaires auront tenu le coup jusque là et pourront les aider. Je sais qu’ils comptent sur nous pour leur assurer un environnement sain, et je n’ai pas le sentiment du tout que c’est ce que nous sommes en train de faire. Je pense à mes parents qui sont encore en forme, mais qui vieillissent, et je sais qu’aucun des deux ne veut finir sa vie pris dans un hébergement pour aînés, qu’on appelle ça un CHSLD ou une maison des aînés. Je sais qu’ils sont bien chez eux et que c’est là qu’ils doivent pouvoir vieillir si on veut leur éviter de mourir par en dedans avant le temps.

En fait, je pensais que c’était de la colère, mais avec le recul, c’est de la peur que je ressens face à ce budget. Je n’y vois pas le virage nécessaire que ça aurait pris dans nos services publics, dans la valorisation de toutes ces professions qui consistent à prendre soin ou à accompagner des personnes dans leur cheminement. Je n’y vois pas les investissements nécessaires pour réduire les inégalités, et que chacun puisse se loger dans un endroit sain et développer son plein potentiel. J’ai peur que l’épuisement s’accentue dans notre système de santé, d’éducation, dans nos services de garde, dans le communautaire, et que ça s’écroule, parce qu’on n’aura pas su prendre les moyens d’amener des renforts. J’ai peur que les inégalités s’accentuent, comme elles le font dangereusement depuis le début de la pandémie, et qu’avec elles les tensions sociales continuent d’augmenter. On a vu les gens se battre pour du papier de toilette, et vendre du savon à main un prix de fou pour faire du profit quand il en manquait. Qu’est-ce qui s’en vient face à la pénurie de places en services de garde, de services professionnels à l’école, de soins à domicile?

Ce budget est celui du statu quo, mais le statu quo est intenable. C’est un budget qu’on propose quand on est incapable de voir l’ampleur des problèmes qui se dessinent devant nous comme société, ou encore quand on décide de laisser les prochains s’en occuper plus tard.

Les prochains, ce sont nos enfants, avec leurs beaux sourires insouciants. Ne laissons pas faire ça.

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