Pour plusieurs l’année 2020 a été un mauvais moment à passer, une année épuisante, ou pire, une année de grande précarité et de grande détresse. Être confronté à sa fragilité est toujours difficile à vivre, que ce soit en tant que famille, en tant que propriétaire d’entreprise, en tant qu’employé.e, personne vivant seule, ou avec une santé vulnérable. On a tous été témoins du pire, soit de nos propres yeux, soit à travers les témoignages des autres, qui nous sont parvenus grâce aux médias et aux réseaux sociaux. Malgré tout, l’année 2020 restera à mes yeux une année où on a élargi l’univers du possible, une année où on a collectivement compris beaucoup de choses qui ne peuvent que nous mener à mieux.

La pandémie nous a forcés à revoir nos manières de faire, et en l’espace de quelques semaines, on a vu s’implanter des changements dans nos institutions qu’on n’aurait même pas cru pouvoir réaliser en 10 ans. L’inertie et la résistance aux nouvelles manières de faire ont été balayées en quelques jours par la nécessité de s’adapter. Rien n’a été parfait, évidemment. On ne réalise pas des changements majeurs aussi rapidement sans avoir besoin de s’ajuster. Mais la preuve est faite que si certains changements ne se produisent pas dans notre société, c’est généralement par manque de volonté et par conservatisme, et non parce qu’ils sont trop difficiles à implanter. J’espère sincèrement que bon nombre des innovations de la dernière année vont rester, et qu’on se servira de la découverte de cette capacité à bouger rapidement comme tremplin pour continuer d’adapter nos façons de faire, notamment afin de limiter les déplacements, qui sont encore la principale source d’émissions de GES.

Beaucoup de personnes se sont retrouvées mal prises en 2020, et ont eu besoin du soutien de l’État, alors qu’elles n’auraient jamais cru qu’un jour elles auraient besoin d’aide financière d’urgence. Avant que ne soient développés des programmes comme la PCU, plusieurs ont réalisé les injustices de l’assurance-emploi ou de l’aide sociale, et ont compris à quel point ces programmes étaient inadéquats, voire insuffisants pour vivre. J’espère que cette prise de conscience va contribuer à réduire les préjugés envers les personnes qui ont besoin de cette aide, et nous incitera à améliorer notre filet social. Maintenant qu’on reconnaît que tellement de personnes passent entre les mailles, ce serait indécent de ne pas travailler à les resserrer.

On a aussi enfin compris collectivement à quel point c’était important d’augmenter notre autonomie, que ce soit pour l’alimentation, la production de médicaments, ou toute autre chose. Il n’y a pas si longtemps, quand Québec solidaire parlait de Pharma-Québec, il se trouvait des gens pour demander à quoi ça pourrait bien servir. On a maintenant vu dans les derniers moins à quel point nous sommes vulnérables face au marché international pour notre approvisionnement en médicaments et en matériel médical. Même chose pour nos aliments. L’enthousiasme des citoyen.ne.s pour l’achat local, s’il est durable, sera certainement un gain important de 2020. On a tous compris que si ça semble parfois coûter un peu plus cher, on est quand même gagnants d’investir chez nous, et l’État devra changer les règles pour en tenir compte.

En 2020, on a vécu à plusieurs reprises de grandes frustrations face au gouvernement fédéral, de qui dépendaient plusieurs décisions. Que ce soit pour la fermeture des frontières, par exemple, ou les mesures d’encadrement des personnes qui arrivent au pays, on aurait bien voulu que le Québec puisse prendre ses propres décisions, et je me permets de souhaiter que ça contribuera à raviver la flamme souverainiste des Québécois.e.s!

2020 nous a aussi fait réaliser l’ampleur du racisme systémique envers les personnes noires et les autochtones, ainsi que les ramifications des inconduites sexuelles dans toutes les sphères de la société. J’ai senti que des pas importants ont été franchis cette année dans la dénonciation de ces comportements, qui font en sorte que certaines personnes rencontrent plus d’obstacles que les autres, ou se sentent moins en sécurité. Plus que jamais on a été à l’écoute des victimes de racisme ou de violences sexuelles, et leur indignation de longue date est maintenant largement partagée par l’ensemble de la population. On n’a encore vu peu de changements concrets sur ces dossiers, je vous l’accorde, mais depuis cette année, les gouvernements sentent définitivement qu’ils doivent agir sur ces questions, alors qu’auparavant ils savaient qu’ils pouvaient balayer ça sous le tapis.

Et finalement, 2020 a été l’année où on a pris la mesure de l’importance capitale du travail souvent invisible, nais non moins essentiel, accompli par des milliers de personnes. Caissières, travailleurs d’entrepôts, livreurs, camionneurs et autres qui nous ont permis de ne manquer de rien. Employé.e.s de laboratoire, d’entretien, d’administration, de services à domicile et autres qui font en sorte que nos services de santé existent, parce que non, il n’y a pas que des médecins et des infirmières dans un hôpital, et il n’y a pas que des hôpitaux dans notre système de santé et services sociaux. Proches aidant.e.s, dont la participation aux soins permet de tout évidence au réseau de marcher en équilibre au bord du précipice, alors qu’on valorise encore trop peu leur contribution. Artistes, qui ont mis de la lumière dans notre confinement par leurs livres, leur musique, leurs films et séries, leurs spectacles virtuels et en plein-air, et l’espoir de les revoir en vrai aussi tôt que possible. Intervenant.e.s et bénévoles qui ont pris soin de notre santé mentale. Chercheurs et chercheuses de tous les domaines qui nous guident vers les meilleures décisions à prendre. Agriculteurs et agricultrices, travailleurs et travailleuses du milieu de la restauration, qui nous alimentent et qui nous font découvrir de nouvelles saveurs. Toutes les personnes en petite enfance et en éducation, investies auprès des jeunes pour que la pandémie les affecte le moins possible dans leur épanouissement. La liste complète est impossible à faire. Et maintenant qu’on a compris combien le travail de toutes ces personnes est essentiel, on ne peut plus accepter de maintenir bon nombre d’entre eux et d’entre elles dans la précarité économique. Cette prise de conscience collective est aussi un gain.

Oui, 2020 nous a fait vivre le pire, mais elle a été génératrice de prises de conscience nécessaires. À nous maintenant de nous assurer qu’on en fait quelque chose de beau, et qu’on n’est pas passés à travers ça pour rien.

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