On m’avait dit qu’ils n’étaient pas très bavards. Et pourtant, après avoir passé toute la journée avec les jeunes de l’école le Monarque, dont la plupart vivent au centre jeunesse ou en famille d’accueil, j’ai pu voir à quel point ils en avaient long à dire.

J’ai rencontré des enfants de 6 à 18 ans, qui ne demandent qu’à jouer plus souvent dehors au centre, changer moins souvent de famille d’accueil, ou avoir des nouvelles de leurs frères et sœurs placés ailleurs. Des jeunes qui se sentent coupés du monde, qui aimeraient pouvoir écouter les nouvelles à la télé, avoir le droit de faire des appels de plus de 10 minutes pour parler à leur proches, ou avoir des moments seuls dans le calme, parce que ça brasse pas mal dans un centre jeunesse. De quoi virer fou ou avoir envie de se sauver.

J’ai vu des jeunes qui voudraient simplement manger un repas normal. Parce qu’au centre jeunesse de l’Estrie, depuis la réforme Barrette, il n’y a plus de cuisine. On leur donne à manger les repas de l’hôpital, préparés à plus de 20 minutes du centre, et ce à l’année longue. Il semble que d’un point de vue de gestionnaire, c’était mieux. Du point de vue des jeunes, en-tout-cas, ce n’est pas terrible.

J’ai vu des jeunes qui voudraient changer de travailleuse sociale, d’autres qui voudraient absolument garder celle qu’ils ont en ce moment. Des jeunes qui ne se sentent écoutés par personne, d’autres qui expliquent que le problème ce n’est pas les éducateurs du centre, mais les règles, qui manquent souvent d’humanité. Et d’autres qui s’y ennuient terriblement, au point ou mener la vie dure aux éducateurs, c’est presque leur seul divertissement.

J’ai vu des jeunes qui voudraient plus que tout qu’on les aide à se préparer à réintégrer la vie en société, mais qui ont l’impression qu’on les a placés dans un univers parallèle, qui n’a rien à voir avec la vraie vie. Un univers où ils ont toute la difficulté du monde à tisser des liens, alors que c’est peut-être ce dont ils auraient le plus besoin.

Et malgré tout ce qu’ils ont vécu, toutes les difficultés du quotidien, qui auraient le potentiel de briser les adultes les plus résilients, ils avaient quand même le regard brillant et des idées plein la tête. Et ce n’est sûrement pas étranger aux efforts des adultes qui travaillent auprès d’eux, qui supportent les mots durs ou les chaises qu’ils se font lancer, et qui choisissent quand même de les accompagner, avec le peu de moyens qu’on met à leur disposition. Ils et elles accomplissent de petits miracles, mais on a définitivement besoin de revoir la façon dont on prend soin de ces jeunes.

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