Par Isabelle Pion

Près de 30 % des employeurs sondés par la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, comptent un ou plusieurs employés qui ont dû retarder leur retour au travail après un congé parental faute de place dans les services de garde.

Le délai du retour allait de quelques jours jusqu’à plus de six mois. Vingt pour cent des répondants ont également embauché quelqu’un qui a dû refuser ou reporter son entrée au travail pour cette raison.

C’est ce que montre le coup de sonde mené auprès de 66 organisations, essentiellement de petites entreprises. Le sondage exclut les grandes organisations comme le CIUSSS de l’Estrie-CHUS ou le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS), où les besoins sont grands et connus, note la députée.

« On le sait déjà que leur personnel est touché par ça, ils nous le disent. »

46 000 enfants en attente

« On a compilé ces données-là parce qu’on a essayé les arguments féministes pour convaincre la CAQ de bouger dans ce dossier-là. Là on essaie les arguments économiques. Ce dossier est vraiment important. On a besoin de ça pour que le reste puisse continuer de fonctionner. La réponse d’aujourd’hui, c’est une indication qu’il croit au réseau public, c’est intéressant, mais ça ne vient pas répondre aux besoins criants des familles en ce moment. »

La députée solidaire a dévoilé les résultats du sondage lundi, alors que le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, annonçait la création de 4359 places subventionnées en services de garde au Québec. L’Estrie obtient 350 places.

Il est impossible de savoir combien d’enfants se retrouvent sur une liste d’attente dans la région estrienne. Chaque CPE a sa propre liste et chaque garderie a la sienne, subventionnée ou non.

À l’échelle du Québec, ce sont 46 000 enfants qui se retrouvent sur une liste. En point de presse, le ministre Lacombe a fait valoir que du nombre, des enfants peuvent fréquenter une place en milieu familial, mais les parents attendent toujours une place dans un CPE, par exemple

. Le ministère de la Famille n’a qu’un chiffre provincial pour le moment, soit celui de 46 000, mais le ministre a dit souhaiter peaufiner les portraits par région. Tout en reconnaissant l’ajout de places en Estrie, Christine Labrie note que 5000 places ont été perdues en milieu familial depuis deux ans au Québec.

« C’est une bonne nouvelle pour les gens qui n’ont pas encore d’enfants (…) Ce n’est pas une réponse à la pénurie que l’on connaît actuellement. C’est un signal qu’il souhaite investir dans le réseau, c’est intéressant à long terme. Pour répondre aux besoins des familles, dans la mesure où on ne peut pas construire des CPE en quelques mois, je pense que la solution passe par des places en milieu familial publiques subventionnées. J’étais déçue de voir qu’il n’annonçait rien afin de favoriser l’ouverture de ces places-là. C’est un milieu pour lequel il y a une hémorragie. »

Garder la main d’oeuvre

Le Regroupement des centres de la petite enfance des Cantons de l’Est (RCEPE) se réjouit de l’annonce.

« Il n’y a pas une semaine où il n’y a pas de parents qui m’écrivent en disant qu’ils ne trouvent pas de place pour leur enfant. Comme maman, je suis capable de voir à quel point c’est difficile de ne pas savoir où ira ton enfant… », commente la directrice générale du RCEPE, Lucie Therriault.

En point de presse lundi matin, le ministre Lacombe a noté qu’on ne parle plus de rareté dans le réseau, mais bien de pénurie. Des discussions sont en cours pour mettre sur pied une initiative semblable à Je contribue, lancée dans le milieu de la santé pour recruter du personnel dans le contexte de la COVID.

Le RCPECE planche pour sa part sur un projet avec l’Association québécoise des CPE (AQCPE), en vue d’attirer et de retenir le personnel dans le réseau.

« C’est une multitude de stratégies qui va faire qu’on va combler cette pénurie », note Mme Therriault.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dit accueillir favorablement l’annonce. Il note toutefois que le projet de loi sur la relance économique, d’abord connu comme le PL-61, prévoit l’accélération de 181 projets d’infrastructures, mais du nombre, « rien n’est prévu pour le ministère de la Famille, qui a la responsabilité des services de garde ».

« Le gouvernement se propose donc de stimuler la croissance économique en investissement dans le béton, mais n’a rien à proposer pour utiliser cette occasion afin de développer massivement et durablement de nouvelles places », a réagi l’IRIS.

Lien vers l’article: https://www.latribune.ca/actualites/services-de-garde–retour-au-travail-retarde-en-raison-du-manque-de-places-26ad8b6e5093827c62bcb6e3b9016ab5 

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