« Où étiez-vous ? »

« Vous n’avez rien fait ! »

« On ne vous a pas entendus ! »

Les frustrations par rapport à la crise s’accumulent, et depuis quelques mois on voit de plus en plus de personnes accuser parfois de manière virulente les élus de n’avoir rien fait pendant la crise, et de ne pas s’être tenus debout pour défendre les citoyens.

Pourtant, avec nos équipes, nous avons travaillé sans relâche et soutenu plus de citoyens que jamais dans les derniers mois. Même si ça n’a pas fait la une du journal ou le bulletin de 22 h, notre travail a fait une véritable différence dans la vie des gens. Alors j’ai le goût de vous partager ce qui s’est passé de l’intérieur, parce que c’est vrai qu’on a eu peu d’occasions de se faire entendre, et que notre travail a été invisible pour la majorité des gens.

Quand le gouvernement a déclaré l’urgence sanitaire, sous la recommandation de la santé publique, on s’est rangés derrière cette décision. Ça ne faisait plaisir à personne. Au contraire, c’était même une grosse prise de risque, parce que ça risquait d’accentuer les problèmes sociaux et de nuire à l’économie. Mais c’était un geste courageux de la part du gouvernement d’écouter les scientifiques pour limiter l’impact de la pandémie, et on ne pouvait que les appuyer dans cette décision. Tous les jours on demande au gouvernement de baser ses décisions sur la science, en particulier en matière environnementale, et c’était une des premières fois qu’il le faisait, même si ça les plaçait dans une position difficile.

À ce moment-là, c’est en Italie que la crise frappait le plus fort. En Italie, dont le système de santé est un des meilleurs au monde, la situation était si critique que les médecins devaient choisir quels patients pouvaient avoir accès aux soins, au détriment des personnes aînées et de celles avec un handicap ou une maladie chronique. Sachant qu’au Québec notre système de santé est loin d’être aussi solide qu’en Italie, c’était clair que l’impact serait désastreux si la contagion prenait les mêmes proportions ici. Jamais on ne voudrait qu’un médecin soit confronté à débrancher une personne diabétique pour brancher une autre personne qui a une meilleure espérance de vie. Ce scénario était bien réel ailleurs dans le monde, et on devait l’éviter, alors même l’opposition s’est ralliée au confinement et à l’état d’urgence sanitaire. On se devait de le faire, pour que le message de la santé publique soit pris au sérieux et qu’on limite les dégâts de la pandémie.

Les dommages collatéraux ont été immédiats. Pertes d’emplois, précarité économique, suspension des activités médicales courantes, impacts de la fermeture des écoles et services de garde, problèmes liés à l’isolement, etc. Les bureaux de circonscription ont été sollicités comme jamais auparavant. Plusieurs dizaines de citoyens par jour s’adressaient à nous pour avoir de l’aide, et les mesures d’aide n’existaient pas encore. On a compilé les situations des citoyens qui n’étaient pas admissibles au chômage, pour le signaler au gouvernement. Au fur et à mesure que des programmes étaient mis sur pied, on continuait d’informer le gouvernement des situations où les citoyens et les entreprises tombaient dans une craque. On était tellement présents sur le terrain et soucieux de répondre aux besoins que ma formation politique a été la première à mettre sur pied un site web où les gens pouvaient répondre à des questions et être orientés vers un programme correspondant à leur situation. Avant même le gouvernement ! Quelques jours plus tard, suivant notre initiative, le gouvernement a lui aussi monté un site web. Comme des gens continuaient de tomber entre les craques des mesures d’aide, on a proposé un Revenu universel d’urgence. C’est finalement le gouvernement fédéral qui a modifié et modifié encore la PCU, au fil des suggestions qu’on transmettait au gouvernement, pour qu’on n’échappe le moins de monde possible. Tout ça ne s’est pas fait par magie. Ça s’est fait parce que des citoyens communiquaient avec nous, les députés, et qu’on transmettait les informations au gouvernement en demandant les changements nécessaires.

Chaque jour on menait des batailles pour répondre aux besoins des citoyens. On a multiplié les demandes pour que des travailleurs essentiels aient accès aux services de garde d’urgence, par exemple les personnes qui travaillent dans les maisons d’hébergement pour victimes de violence conjugale, les organismes de santé mentale, ou les services à domicile, qui risquaient de manquer de personnel. Tout le monde se renvoyait la balle pour prendre la décision d’en élargir l’accès, ça a pris des semaines. Et parfois il fallait se battre à nouveau dans notre région pour que le CIUSSS applique ce que le gouvernement lui permettait de faire, ce qui se produisait dans plusieurs dossiers. On a par exemple aidé des familles à avoir accès à un proche en fin de vie, alors qu’à l’hôpital on leur refusait. Ça a mené à la clarification de cette directive. On a demandé et obtenu que les femmes puissent être accompagnées lors de leur accouchement. On s’est battus en insistant pendant des semaines, avec succès finalement, pour que les élèves handicapés puissent retourner en classe, parce que leurs familles et leurs enseignants nous disaient que l’enseignement à distance ne marchait pas dans leur situation. On a mis en lumière les lacunes dans le suivi pédagogique, grâce aux citoyens qui communiquaient avec nous, et on a obtenu du gouvernement qu’il fixe des balises minimales de services. On a réussi à obtenir que les chantiers de construction résidentiels soient parmi les premiers secteurs déconfinés, parce que le retard était tel que des familles risquaient de se retrouver à la rue. On a obtenu que le remboursement des prêts de l’AFE soit suspendu, tout comme les évictions à la Régie du logement. On a suggéré et obtenu des campagnes de sensibilisation à la violence conjugale et la maltraitance envers les enfants, sachant que le confinement les isolait dans une situation difficile. On a proposé que les intervenants du réseau scolaire aillent donner un coup de main à la DPJ, et ça a été fait. On a suggéré de mettre en place une formation intensive pour les préposés aux bénéficiaires, solution qui a finalement été retenue. On a revendiqué et obtenu que du matériel de protection soit fourni au personnel du réseau de l’éducation, alors que ce n’était pas prévu au départ.

Ce n’est qu’un aperçu de ce qu’on a réussi à obtenir pour défendre les intérêts des citoyens. Les batailles perdues sont innombrables. Mais sachez que quand le premier ministre annonçait une mesure dans son point de presse quotidien, cette mesure était souvent le résultat de nos demandes. Si tant de gens sont satisfaits de la gestion de la pandémie, c’est en partie parce que le gouvernement a été à l’écoute des problèmes qu’on relevait sur le terrain et qu’il a accepté de mettre en œuvre des solutions qu’on proposait. Ils étaient seuls à prendre des décisions et à être devant les caméras, l’Assemblée nationale ne fonctionnait pas, mais même dans l’ombre nous n’avons jamais cessé de leur faire des propositions pour améliorer la vie des citoyens, en particulier ceux et celles que les gouvernements ont tendance à oublier.

Est-ce qu’on était d’accord avec toutes leurs décisions ? Non. Est-ce qu’il y a eu des problèmes dans la gestion de cette crise ? Oui. Des centaines. Dès le début on s’est efforcés de les mettre en lumière et d’exiger des réponses du gouvernement, souvent sans succès. Le cas typique est un écart monumental entre ce que disait un ministre en conférence de presse pour rassurer les gens, et ce qu’on constatait sur le terrain. Manque de matériel, circulation du personnel d’une zone à l’autre, manque de moyens donnés au réseau scolaire pour s’adapter, pénurie de personnel, accès des proches aidants en CHSLD, etc., la liste est longue.

Il y a aussi eu des problèmes majeurs liés aux mesures sanitaires en vigueur. Les personnes vivant en résidence se sont retrouvées piégées dans leur appartement, presque comme en prison. Les parents monoparentaux avaient toute la misère du monde à aller faire leur épicerie parce qu’ils ne pouvaient pas entrer avec leurs enfants. Les personnes en couple qui ne vivaient pas à la même adresse s’exposaient à des amendes s’ils se visitaient. Les mesures ont manifestement été élaborées sur le modèle familial des années 1950, sans considérations pour toutes les familles qui n’y correspondent pas. Les services et les informations se trouvaient en ligne, au détriment des personnes qui ont un accès défaillant à Internet.

Les lacunes étaient évidentes, et on ne s’est pas gênés pour les soulever. Et savez-vous ce qui se passait quand on dénonçait un problème, une incohérence ou une mauvaise décision ? De nombreux citoyens nous disaient d’arrêter de chialer. Que c’était une situation jamais vue, imprévisible, et que ça ne pouvait pas être parfait. Qu’il fallait essayer d’aider le gouvernement et être plus constructifs, au lieu de chercher les problèmes. Si seulement les gens pouvaient voir à quel point on a tenté d’être constructifs ! S’ils savaient combien de temps on a passé à imaginer des solutions et à les soumettre aux ministres, souvent sans même obtenir de réponse ! Les journalistes qui posaient des questions avaient droit aux mêmes critiques. On m’a même écrit pour me dire qu’il faudrait interdire aux journalistes de poser des questions après les points de presse, que ça mettait trop de pression sur le gouvernement ! Rendre des comptes fait pourtant partie des responsabilités du gouvernement, et les ministres sont imputables de leurs décisions. Oui, ça fait partie de notre travail de questionner leurs décisions ou leur capacité à livrer la marchandise, et on n’a pas cessé de le faire. Alors on était contents quand l’Assemblée nationale a enfin ouvert ses portes à la fin du mois de mai, et qu’on a pu faire notre travail publiquement au lieu de le faire dans l’ombre.

À ce moment-là, la cote de popularité du gouvernement était extrêmement élevée. Les gens leur faisaient confiance, malgré tous les problèmes vécus sur le terrain. Et le gouvernement avait pris goût à gouverner par décrets, alors que l’état d’urgence sanitaire lui donnait de nouveaux pouvoirs. Alors il a tenté de faire adopter un projet de loi, le PL61, qui lui aurait donné la capacité de continuer à gouverner par décrets, en contournant les lois, aussi longtemps qu’il le voudrait. Il l’a présenté dans un beau papier d’emballage, celui de la « relance économique », et nous mettait de la pression pour qu’on l’adopte très vite, prétextant que de toute façon il ne comptait pas utiliser tous ces pouvoirs, que c’était juste au cas.

Au risque de passer pour des gens qui sont contre la relance économique, on a dénoncé haut et fort ce projet de loi dès son dépôt. On a mis en ligne des vidéos pour en vulgariser le contenu. On a alerté les citoyens pour qu’ils comprennent que nos lois environnementales, nos mécanismes contre la corruption et notre démocratie étaient mis en danger par ce projet de loi. Et puisqu’on tente toujours d’avoir une approche constructive, parce que nous non plus on n’aime pas les gens qui s’opposent à tout sans proposer de solutions, on a même proposé des amendements qui permettaient de régler ces problèmes et d’adopter le projet de loi dans le respect de notre démocratie. Et que s’est-il passé ? Le gouvernement n’a rien voulu savoir de nos amendements, et on a bloqué le projet de loi, au grand soulagement des milliers de citoyens qui avaient compris de quel piège il s’agissait et qui se mobilisaient. Une victoire inespérée face à un gouvernement majoritaire.

On n’a jamais autant travaillé. On n’a jamais été aussi créatifs pour trouver des solutions. On n’a jamais réussi à gagner autant de batailles pour améliorer la vie des citoyens que dans les 6 derniers mois. Parfois les gens appelaient au bureau après avoir tenté d’appeler partout pour obtenir une information, et on était les premiers à leur répondre. Partout ailleurs ça sonnait dans le vide ou ils se faisaient mettre en attente pendant des heures, mais ils pouvaient compter sur ma petite équipe de 4 personnes pour avoir du service.

C’est ça qu’on faisait. On répondait aux citoyens. On essayait de n’en échapper aucun. Ce n’était pas rare que je réponde à des messages jusqu’à minuit. Mais tout ça, c’était du travail invisible. Et aux yeux de plusieurs, ce qui est invisible n’existe pas. Alors c’est comme si on n’avait rien fait, alors qu’on n’a jamais été aussi actifs, efficaces et utiles.

La vérité, c’est que si les citoyens n’ont pas pu nous voir beaucoup dans les derniers mois, c’est qu’à l’exception des conférences de presse quotidiennes du premier ministre, il y a eu très peu de politique spectacle. Il n’y avait plus le show de la période des questions et des mêlées de presse. Il n’y avait plus de participation à des événements pour se faire voir et serrer des mains. Et malheureusement, les gens sont tellement habitués à la politique spectacle qu’ils en viennent à penser que si on n’a pas un micro devant nous, on ne travaille pas. Je ne peux pas les blâmer. Les médias aussi, habitués à couvrir les travaux parlementaires, ont eu du mal à prendre la mesure de notre travail politique sur le terrain.

Moi, je ne me suis pas ennuyée de la politique spectacle. C’est rarement elle qui fait la plus grande différence dans la vie des citoyens. Mais je trouve ça vraiment dommage que notre travail ait été invisibilisé au point où certains pensent qu’on n’a rien fait depuis le début de cette crise.

J’ai le goût de vous dire que c’est vrai, vous ne nous avez pas beaucoup entendus dans les derniers mois. C’est parce qu’avec nos équipes on était occupés à vous écouter et à travailler pour vous, au lieu d’essayer de gagner des votes en courant après les caméras. Ce travail invisible va se poursuivre même avec le retour de la politique spectacle, et si ça vous intéresse d’en savoir plus sur ce qu’on fait, n’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux sociaux.

Un commentaire

  • michelle salvail dit :

    Merci pour votre travail essentiel. Je vous admire et c’est bien la première fois pour un politicien. Encore une fois, merci à vous et votre équipe. Vous faites toute la différence.

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