Une prise de conscience sur la place des femmes en politique est survenue dans les années 1990, selon la politologue de l’Université de Sherbrooke Eugénie Dostie-Goulet. Mais c’est à partir des années 2000 que les actions ont commencé à porter leurs fruits. Si la partie n’est pas gagnée pour assurer la parité, les femmes ont permis d’influencer les priorités que se donnent les gouvernements.

« L’organisme Femmes et politique municipale de l’Estrie a été créé dans les années 1990. L’idée était de mettre les politiciennes qui se sentaient seules en contact les unes avec les autres. La différence a été énorme. Avec le temps, la mission s’est transformée pour donner des formations et faire du mentorat », illustre Mme Dostie-Goulet pour démontrer l’évolution des façons de faire.

« Si une femme ne se sent pas compétente au départ, elle a moins tendance à se lancer qu’un homme. C’est documenté. Mais maintenant, les femmes ne se sentent plus seules à travers une gang de gars. »

La députée de Joliette, Véronique Hivon, confirme que les femmes qui l’ont précédée se sont butées à un boys club. « Les premières ont dû accepter des codes masculins et refouler des manières de faire qui auraient été plus naturelles pour elles. Maintenant, elles peuvent être elles-mêmes sans se surveiller de peur de ne pas être admises dans les boys clubs. Ce n’est plus une minorité qui doit batailler pour se faire une place. »

Le politologue Antonin-Xavier Fournier juge que les méthodes masculines sont encore bien ancrées. « Les modèles féminins sont souvent plus masculins que féminins dans leur façon de faire de la politique, comme Margaret Thatcher par exemple. C’est en train de changer, notamment grâce à des interventions récentes de Christine Labrie ou Catherine Dorion. »

Véronique Hivon voit d’ailleurs une différence à l’Assemblée nationale. « C’est quand même un lieu façonné par des hommes depuis plus de 100 ans. Les règles ont surtout été forgées par des hommes, mais on sent que ça se transformera. L’idée, c’est d’être plus représentatif de la population. »

Christine Labrie, députée de Sherbrooke, est prudente quand il est question d’une transformation exercée par les femmes sur le modèle politique. « Je trouve glissant de dire que les femmes font de la politique différemment parce qu’elles sont des femmes. Je pense que ça vient davantage du tissu social. Je ne crois pas que ce soit dans la nature des femmes d’avoir des qualités différentes à la naissance. »

Elle juge néanmoins qu’il faut davantage de modèles pour inciter les femmes à se lancer. C’est ce qui l’a convaincue, elle, de tenter sa chance. « J’étais consciente que pour qu’il y ait plus de femmes en politique, il faut que plus de femmes soient candidates. Une fois qu’elles sont lancées, je ne vois pas beaucoup de femmes qui regrettent. »

En ce sens, Véronique Hivon souligne à quel point l’ex-première ministre Pauline Marois a marqué l’histoire.

« Elle a fait éclater un important et lourd plafond de verre. On doit lui être reconnaissantes. Il y a un avant et un après Pauline Marois. Pour créer des vocations, il faut des modèles féminins forts et diversifiés. »

Et les femmes n’ont pas moins de chances d’être élues, si elles se présentent, confirme Eugénie Dostie-Goulet. « Ce qui est difficile, c’est de convaincre les femmes. »

« Je n’ai jamais senti de réticence dans mes campagnes. Les gens avaient une soif d’équilibre, de représentation équilibrée » assure Véronique Hivon.

Le défi, une fois la zone de représentation paritaire atteinte, sera de maintenir le cap. « De façon générale, la parité est très importante parce qu’on est obligé d’aller chercher les meilleurs des deux côtés. À l’échelle municipale, moins de 20 % des maires sont des femmes. Il y a des conseils municipaux presque exclusivement féminins, comme à East Hereford et Saint-Élie-de-Caxton, mais il faut que ça continue sur le long terme. Il faudra travailler pendant plusieurs élections pour maintenir la ligne de la parité », estime Mme Dostie-Goulet.

Un autre problème qui semble faire l’unanimité est le double standard. « On dit d’une femme qui collabore qu’elle n’est pas capable de mettre son poing sur la table alors qu’on féliciterait un homme d’être conciliant », déplore Véronique Hivon.

C’est qu’on accorde rarement une deuxième chance aux femmes. Quand elles font une erreur, rapporte Eugénie Dostie-Goulet, c’est comme si on effaçait leurs bons coups. « Pourtant, elles sont capables de gérer des crises, comme Mme Marois et Colette Roy Laroche l’ont démontré à Lac-Mégantic. Elles peuvent être au front, mais dans l’histoire, plus d’hommes l’ont fait donc c’est encore notre standard. »

Antonin-Xavier Fournier relève d’ailleurs que le Conseil du trésor et le ministère des Finances, des instances importantes, sont encore confiés à des hommes. Monique Gagnon-Tremblay, ex-députée de Saint-François, les a pourtant dirigés tous les deux.

Celle qui a siégé durant 27 ans à l’Assemblée nationale croit que le Québec a fait « beaucoup de rattrapage » en ce qui concerne la présence des femmes dans les sphères du pouvoir depuis 20 ans. Elle ajoute du même souffle comprendre que de moins en moins de femmes soient intéressées aujourd’hui à se lancer en politique, à l’ère des médias sociaux.

« Si j’avais le choix aujourd’hui entre faire de la politique ou autre chose, je ferais autre chose, dit-elle. On a la critique tellement facile. Je serais incapable de travailler dans un environnement comme celui-là. »

Enfin, la plus forte présence de femmes dans les instances décisionnelles aura permis d’imposer certaines priorités, comme celle d’un comité sur les violences sexuelles.

« Ça fait longtemps qu’on dit que les violences conjugales ou sexuelles ne peuvent plus être tolérées, mais il fallait en faire une priorité. Il fallait que quatre femmes fortes collaborent pour que ça devienne incontournable. On peut penser aussi aux questions des pensions alimentaires, de l’équité salariale, du patrimoine familial et de la conciliation travail-famille », conclut Véronique Hivon.

Lien vers l’article: https://www.latribune.ca/actualites/sherbrooke/deux-decennies-de-politique-8a1f23b7a3d1e77df8de8c00b61579c6/les-politiciennes-peuvent-enfin-etre-elles-memes-7e3ecebda674239eaa3014ebc2bbe695?fbclid=IwAR0TKR5mY9bxxjm_B464Ajy0dfhQlAoGb8LCSNoyWOgw7zqzwFYL5oIs6Tc

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