C’est à un bris de confiance envers le système de justice que la société s’expose si elle ne parvient pas rapidement à rectifier le tir pour mieux accompagner les victimes de violence conjugale, estiment des élues.

Le Devoir a exposé au cours des derniers jours le réel parcours de combattantes auquel les victimes de violence conjugale font face lorsqu’elles décident de porter plainte. « Ce n’est pas normal que le système de justice ne soit pas capable de s’adapter à la réalité des victimes. […] Tout le fardeau de la preuve repose sur leurs épaules, alors qu’elles vivent un traumatisme », souligne Véronique Hivon, porte-parole péquiste en matière de justice.

« Il y a une perte de confiance qui m’apparaît justifiée, souligne elle aussi Christine Labrie, responsable du dossier de la condition féminine pour Québec solidaire. On n’a pas répondu adéquatement aux besoins des victimes. Il faut réagir et changer nos pratiques. »

Pour que le processus de plainte soit plus souvent couronné de succès, un meilleur accompagnement des victimes est indispensable, plaident-elles. Et il y a urgence d’agir. « Que ce soit les intervenants, les victimes, les maisons d’hébergement, la police, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), tous nous disent qu’ils veulent que les choses s’améliorent », mentionne Hélène David, porte-parole libérale en matière de condition féminine.

Cet accompagnement doit se faire autant sur le plan psychosocial que sur le plan juridique, estime Véronique Hivon. « Les deux ont une influence mutuelle. Si tu es bien soutenue psychologiquement, c’est possible que tu aies plus de force pour te lancer dans ce parcours de combattante. » Et un bon accompagnement juridique peut faire la différence dans une plainte qui aboutira ou non à des accusations.

Les trois élues, de même que la ministre de la Justice, Sonia LeBel, siègent au comité d’experts qui se penche sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, dont les premières recommandations devraient être annoncées d’ici l’été. « On a une obligation de résultats », insiste Hélène David.

Une meilleure formation de tous les intervenants y sera, entre autres, recommandée. « Les victimes doivent être mieux accueillies par les services de police et les intervenants doivent être conscients de l’expérience traumatique que constitue la violence conjugale », fait valoir Christine Labrie.

Et plus d’argent est nécessaire, plaide l’élue solidaire, pour appuyer tant les maisons d’hébergement pour femmes que les ressources d’aide pour hommes. « En ce moment, il y a des gens qui vont chercher de l’aide, qu’ils soient victimes ou auteurs, et qui se font mettre sur une liste d’attente. C’est inacceptable. »

Pétition

À Ottawa, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu compte déposer d’ici la mi-mars un projet de loi au Sénat visant à amender le Code criminel afin de mieux « prévenir » les meurtres conjugaux.

L’utilisation du bracelet électronique pour les hommes dont une évaluation de risque aura déterminé qu’ils représentent un danger pour une femme y sera incluse. « Les résultats en Espagne sont fantastiques au niveau de la prévention », dit-il.

Le sénateur Boisvenu souhaite également qu’un « 810 » (engagement de ne pas troubler la paix publique) soit spécifiquement créé pour les cas de violence conjugale. « Il couvrirait 24 mois plutôt que 12 mois, comme c’est le cas actuellement, ce qui représente la période d’attente avant un procès. »

Pierre-Hugues Boisvenu proposera également qu’en cas de condamnation, un juge puisse offrir deux choix à un prévenu : une incarcération ou une thérapie fermée de 30 jours. Le sénateur prévoit lancer d’ici quelques semaines une pétition pour appuyer son projet de loi.

Réveil

Un réveil collectif serait-il en train de se produire autour de la question de la violence conjugale ? « Il y a une prise de conscience que je sens beaucoup plus importante depuis quelques mois », note Véronique Hivon. Mais une incompréhension sur ce qu’est la violence conjugale perdure encore, déplore Christine Labrie. « C’est comme si la seule forme que cela peut prendre dans l’imaginaire, c’est la violence physique, alors que c’est beaucoup plus complexe que ça, l’emprise que peut avoir un agresseur sur une victime. »

Mais les choses bougent, conviennent les élues. Les médias parlent moins de « drames familiaux » et plus de « meurtres ». Le sujet est aussi davantage présent dans le débat public. Hélène David salue à cet égard le lancement par Le Devoir d’une vigie sur les meurtres conjugaux. « Ça permet d’en faire un enjeu primordial. Sinon, il y a un cas qui fait la manchette pendant 12 heures et ensuite on passe à autre chose. »

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui a été mandatée par le premier ministre Legault pour coordonner un plan d’action contre la violence conjugale, n’était pas disponible pour commenter dans l’immédiat. Un forum rassemblant les intervenants oeuvrant en violence conjugale se tiendra ce mercredi.

Lien vers l’article: https://www.ledevoir.com/societe/573606/reactions-politiques-au-dossier-sur-la-violence-conjugale

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