Une soixantaine de parents et d’éducatrices en garderie ont lancé des cris du cœur, samedi avant-midi, devant les bureaux sherbrookois du député caquiste André Bachand, afin de revoir les lois qui compliquent le travail de celles qui œuvrent en milieu familial. Surtout pour les jeunes mères, la situation est angoissante : en pleine crise de main-d’œuvre, elles devront prolonger leur congé de maternité à leurs frais ou abandonner leur emploi si elles ne se trouvent pas de garderie.

C’est le cas de Maurine Aerts, qui devra repousser son retour au travail. « C’est nous qui en pâtissons. C’est vraiment angoissant. Je suis infirmière, j’ai une profession dans laquelle il y a déjà une pénurie et je ne suis pas capable de retourner travailler puisqu’il n’y a pas de place. Nous avons tout fait ce qu’il fallait : dès que j’ai appris ma grossesse, on s’est inscrit sur le site de Place 0-5, on a ouvert les portes au privé et aux milieux familiaux. À cause des nouvelles lois, beaucoup de places ferment. On se retrouve sans solution pour garder notre petite », déplore celle qui n’a pas de support de sa famille, puisqu’elle a immigré de la Belgique il y a huit ans.

La situation entraîne des problèmes financiers pour les familles touchées. « Normalement, je suis censée retourner au travail au début du mois d’avril, mais on n’a aucune chance d’avoir une place. J’ai allongé jusqu’en septembre, mais je n’ai pas de garantie d’en trouver une. C’est vraiment grave. On est propriétaires, alors il y a un tas de factures à payer. Il faut être plus serrés dans le budget. Il y aura des répercussions en tant que jeune famille sur les activités qu’on pourra offrir. C’est encore possible jusqu’en septembre, mais après ce sera catastrophique. Je ne sais pas ce qu’on va faire », se questionne la jeune maman.

Laura Mailotte, une enseignante, a dû changer son garçon de milieu de garde… à quatre reprises. « Il est entré à la garderie à 14 mois. En avril 2016, on a appris que la garderie fermait. On a trouvé un deuxième milieu durant un an, qui a également fermé, car le milieu était illégal. On était encore chanceux, car un nouveau milieu privé ouvrait, mais était loin de chez nous. J’ai trouvé un nouveau milieu familial. Mon garçon entrera en septembre, donc ma fille était censée prendre sa place, mais j’ai appris qu’elle fermait aussi », déplore-t-elle.

Maintenant que son grand garçon prendra le chemin de la garderie, Mme Maillotte devra trouver une place pour sa fille. « Trois garderies m’ont dit qu’ils n’ont pas de place avant septembre 2021 ou même septembre 2022. Il y a une pénurie de main-d’œuvre dans mon métier. Je ne peux pas retourner travailler, je n’enverrai pas mon enfant n’importe où. Je suis assez sélective », exprime celle qui s’estime chanceuse d’avoir un enfant qui s’adapte bien aux changements.

Roxanne Ross, qui devait réaliser son rêve d’entreprendre ses études en enseignement en août prochain, devra repousser son projet. Elle aurait pu avoir des places en garderie pour ses jumeaux, mais ils auraient dû être séparés. « On a refusé, on ne trouvait pas ça correct, comme ils sont ensemble depuis qu’ils sont nés. […] On y a pensé, mais ça brise un cœur de parent. Ils se tiennent la main en mangeant, ils se cherchent lorsqu’ils ne sont pas dans la même pièce », témoigne la maman.

Rassemblement

Shella-Ann Schinck, une jeune maman, a eu l’idée d’organiser le rassemblement lorsqu’elle a constaté que plusieurs parents dénonçaient leur situation sur Facebook. « Les parents envoient des lettres au ministre de la Famille, des pétitions étaient signées et on a l’impression que rien ne se faisait. Les gens avaient besoin de se rassembler, avoir l’impression d’avoir un pouvoir pour faire bouger les choses », affirme l’organisatrice, qui a eu la chance de trouver une place temporaire en garderie.

Mme Schinck et les autres citoyens présents avaient des demandes pour le gouvernement Legault. « Ce serait de revoir certaines lois qui font en sorte que des éducatrices ferment leurs milieux. On pourrait revoir leur salaire. Elles font de nombreuses heures, elles s’occupent de nos enfants et ne font pas un salaire à la hauteur de ce qu’elles font », résume-t-elle.

Politique

La députée de Sherbrooke, Christine Labrie, était de tout cœur avec les manifestants. « Il y a une importante pénurie de places actuellement, en particulier pour les poupons, et ça prend des mesures rapides pour y répondre. On a en Estrie plus de 800 permis de places subventionnées en milieu familial qui dorment sur des tablettes parce qu’on ne trouve pas d’éducatrices pour ouvrir ces places. Si ça devient attrayant d’être éducatrice en milieu familial, je suis certaine qu’on pourra les offrir aux familles rapidement. Mais avec les conditions actuelles, on a plutôt des milieux qui ferment leurs portes. Le premier pas à faire est d’améliorer significativement les conditions de travail des éducatrices. Elles sont le premier maillon de notre système d’éducation, on ne peut pas les payer comme des gardiennes! Le Conseil du Trésor doit bouger rapidement et offrir des conditions attrayantes aux éducatrices. Ça permettrait de freiner l’exode, et aussi de les faire revenir vers la profession », a-t-elle commenté dans un communiqué de presse celle qui ne pouvait pas être présente.

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