Ça fait bientôt 1 an que j’ai eu le privilège d’être élue députée, et jusqu’à maintenant, ce qu’on me demande le plus souvent, c’est si j’aime ça être députée.

Alors, est-ce que j’aime ça? Les gens qui me côtoient au quotidien savent que je reviens parfois de Québec assez cynique, en particulier quand je constate le manque de rigueur du gouvernement dans la prise de décision, ou quand j’ai entendu un député de la CAQ me dire en souriant que les commissions parlementaires sont souveraines, alors que nos travaux et leurs résultats sont clairement dictés par le gouvernement. Mais en dehors de ces moments de cynisme, qui me confirment qu’on doit absolument réformer le fonctionnement de nos institutions, je dois dire que j’aime mon travail encore plus que je m’y attendais.

Moi qui n’ai aucune formation en droit, je me découvre un intérêt pour l’étude détaillée des projets de loi, et pour la gymnastique intellectuelle que ça prend pour formuler des amendements qui nous permettent d’obtenir de petits gains, en trouvant les bons mots, dans le bon ordre, pour que le ministre l’accepte. Aller chercher un compromis après une dizaine d’heures de discussions sur un enjeu pointu, c’est très satisfaisant!

Mais ce que j’aime le plus, c’est apprendre. J’ai passé plus de 25 ans à l’école, dont une dizaine à l’université (ce qui m’a clairement outillée pour mon travail), mais je n’ai jamais autant appris que dans la dernière année. Chaque jour, lors de chaque rencontre, j’apprends.

 L’autre jour, par exemple, j’ai participé à deux marches le même jour. Une pour les prématurés, et une autre pour les personnes atteintes de parkinson. Ce sont deux réalités à propos desquelles je ne connaissais rien, et en allant à leur rencontre, j’ai pu échanger avec des parents d’enfants prématurés, des personnes nées prématurément devenues adultes, des personnes apprenant à vivre avec le parkinson, et des proches qui les épaulent.

Régulièrement, je rencontre des parents d’enfants handicapés devenus adultes qui se battent pour du soutien, des victimes d’agressions sexuelles ou de violence conjugale qui veulent obtenir justice, des professionnel.le.s du milieu de l’éducation qui veulent qu’on leur donne les moyens de répondre aux besoins des enfants, des entrepreneur.e.s qui vivent la pénurie de main-d’œuvre, des organismes essentiels qui demandent à ce que leur apport à la société soit reconnu à sa juste valeur, des citoyen.ne.s qui se mobilisent et cherchent un chemin pour faire avancer leurs projets, etc.

De chacune de ces rencontres, j’apprends sur notre société, sur les lacunes de nos services publics et de nos institutions démocratiques, sur les rapports de pouvoir. Je suis souvent bouleversée par la résilience des gens, qui font face à tellement de défis dans notre système, qu’on en vient à se demander comment c’est possible au Québec, alors qu’on est si fiers d’être l’endroit où il y a le plus de services publics en Amérique du Nord.

On me dit couramment que je suis courageuse de m’être lancée en politique, mais les personnes les plus courageuses, elles sont souvent assises en face de moi. Chaque jour j’apprends d’elles, et chaque jour je constate à quel point on a du travail à faire pour que personne ne soit laissé derrière.

Alors oui, j’aime mon travail. Parce que je découvre un peu plus chaque jour à quel point il est utile.

(c) Louis-Philippe Boulianne

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